dimanche 21 janvier 2018

Nouvelle 16 - In memory I am

    Ça faisait une sacrée paye que j’avais pas entendu une voix. Et un bail que j’avais pas croisé une autre tronche que celle du sale type. Vu que je regardais dans un miroir, y’avait des chances pour que l’espèce de croisement entre une méduse et une hyène déprimée qui me dévisageait, ce soit moi. Depuis qu’on m’a passé les souvenirs à l’estompeuse, je ne sais plus quelle gueule j’avais avant, mais une chose est sûre : les cernes, le crin sur la tête et les cicatrices, ça ne me va pas. J’ai aussi oublié à quoi ressemble ma mère, mais aujourd’hui j’ai l’impression d’assister aux retrouvailles entre une fille et sa mère qu’elle n’a jamais connue. Quel que soit le temps qui s’est écoulé, et dont je n’ai aucune notion, j’ai salement vieilli. Une autre certitude, c’est que je suis vivante, plus vivante que je ne l’ai été ces derniers mois. Ces dernières années ?
    Sûrement ces derniers siècles.
      — Allo ? Police secours, parlez s’il vous plaît !
    Les mots se bousculent au portillon, je raconte tout mais rien à la fois, ça arrive dans le désordre, j’ai joué le tiercé des non-partants. Car les muscles de ma mâchoire sont coincés dans les starting-blocks, ils refusent de prendre le départ, tout mon charabia reste bloqué dans les stalles. À l’autre bout du fil, le flic s’énerve, menace, je raccroche.
    Je m’étais réveillée un jour, dans cette pièce immense, aux murs entièrement blancs et bien trop éloignés les uns des autres pour constituer un lieu de vie. Je n’avais pas de réelle conscience de l’espace, pas plus que je n’en avais de mon propre corps.
    J’avais fini par réaliser qu’il m’était physiquement impossible de me relever. Pire, j’en étais venue à constater que mon cerveau était désormais incapable de m’en donner l’ordre. Plus aucune force ne me permettait de quitter cette position, et j’étais impuissante à seulement formuler à mes jambes l’ordre de se mouvoir, à mon corps celui de se mettre en branle, à mes bras la requête de me hisser. Je ne parvenais pas plus à bouger la tête, mais la quantité d’efforts que ça me demandait pour arriver à cet échec suffisait à me vider encore plus, à me clouer définitivement au sol. C’est donc au bénéfice d’une concentration de chaque instant, et au prix d’une spectaculaire contorsion des yeux que j’avais fini par apercevoir les tuyaux et les électrodes auxquels j’étais reliée, et qui semblaient m’alimenter et me garder en éveil. Du moins, au sens vital du terme, car les puissants analgésiques qu’on m’administrait m’empêchaient de commander mes membres. Un vrai légume, passé au mixer.
    J’étais perpétuellement maintenue dans un état comateux. Les électrodes implantées sur ma peau faisaient crépiter mes nerfs et tressaillir mon corps, je sentais mes muscles travailler, à la façon dont travaille le bois. On tenait manifestement à me conserver une enveloppe corporelle décente, à faire en sorte que je ne m’atrophie pas. Je ressentais mes muscles, et c’est bien la seule sensation qui me permettait de penser que je n’étais pas morte.
    Sur le mur d’en face, il y avait cette énorme pendule, incongrue et bruyante. Il m’avait fallu une bonne dose de concentration pour saisir en quoi elle était si différente. Elle ne possédait qu’une aiguille, la grande, qui était invariablement pointée vers le haut, sur un "12" imaginaire, puisqu’aucun chiffre n’était représenté. Le tic-tac des secondes qui s’égrènent résonnait dans la pièce, mais l’aiguille ne se décalait jamais sur sa droite pour autant. Non, au bout de soixante secondes, c’est le cadran qui tournait sur sa gauche, d’un soixantième de tour, venant positionner une graduation en face de la grande aiguille, toujours aussi verticale. Manifestement, cette pendule n’était pas là pour donner l’heure, mais seulement pour transmettre la notion du temps qui passe, bien qu’il se soit arrêté. Car c’était là tout le paradoxe de cet appareil : par sa seule présence, il suspendait le présent, lui faisait faire du surplace, et vous condamnait à l’éternité.

    Je me perds dans la contemplation de ce visage inconnu. « Maman ? », je demande. Dans ma tête, car ma bouche n’a pas encore réussi à faire sauter le verrou. Le miroir ne répond pas. « Mamie ? » Question et réponse restent muettes. Le téléphone sonne. Incroyable comme j’ai dû vieillir. Je n’ai plus de souvenirs, pourtant j’ai la nostalgie. Je décroche. Le flic insiste, veut savoir si j’ai des problèmes, me rappelle que le numéro s’affiche sur son terminal et que ce genre de mauvaise blague pourrait me coûter bonbon. J’ai mieux à faire, je suis en train d’apprivoiser ce visage qui me regarde. Je me répète que c’est moi, que c’est à ça que je ressemble. Le flic raccroche. Je rappelle.
    Régulièrement, j’avais la visite du sale type. Vêtu d’une blouse blanche et portant des gants, une charlotte et un masque de chirurgien, un stéthoscope. Toute la panoplie du docteur Petiot. Le sale type s’occupait de ma toilette, administrait ma dose d’incapacitant, changeait les cathéters, remettait les électrodes en place. J’étais branchée de partout, des sondes étaient reliées aux voies naturelles, des tuyaux m’alimentaient et me ravitaillaient en toutes sortes de médicaments et de drogues. J’étais sous totale assistance médicale, toutes mes fonctions vitales étaient contrôlées à distance. La seule chose que je maîtrisais encore à peu près, c’était mes pensées. Ma mémoire était restée aux vestiaires, mais ma raison pouvait jouer le match, pas de souci. Mon cerveau ne souffrait presque d’aucune entrave. Chimique, du moins. Car pour le reste, tout semblait avoir été conçu pour que ma cervelle se fasse sauter elle-même… C’est le problème de la conscience, ça te fout rarement la paix. La conscience, c’est la pensée sous ecstasy : même quand la musique s’arrête, elle continue à sauter partout.
    Au tout début, j’avais bombardé le sale type de questions. Qui êtes-vous ? Pourquoi moi ? Pourquoi tout ça ? Combien de temps encore ? Combien de temps déjà ? Je lui avais hurlé toutes mes interrogations, les lui avais crachées au visage, avais éructé ma haine et ma colère. Le sale type était resté sourd à tout ce vacarme, comme s’il ne l’entendait pas, comme le flic au téléphone. Et pour cause. Le son de ma voix n’était même plus un souvenir ; dans l’incapacité totale d’ouvrir la bouche, je ne parvenais qu’à expulser de l’air et à n’émettre que de vagues gargouillis à peine audibles. Le visage du sale type ne trahissait aucune émotion. De lui, j’avais seulement la perception d’un regard impassible et l’odeur d’un after-shave de vieux beau.
    À l’excavatrice, j’ai passé l’éternelle minute de l’horloge à creuser ma mémoire, à rechercher une raison à tout ça, un mobile. Est-ce que j’étais le fruit expérimental d’un nazi, le jouet même pas sexuel d’un pervers, la prisonnière d’un mauvais rêve ? Je devais peut-être un peu de fric à quelqu’un, quelque part, mais qui n’en doit pas ? Et on ne réduit pas les gens à l’état végétal pour ça. On envoie deux porte-flingues pour récupérer les billets, et basta. On cogne, on viole, on tue, mais on ne fait pas ça. Un tel acharnement, tant de machiavélisme, de moyens déployés, ne pouvaient se justifier que par un massacre à grande échelle. Pourtant je peux jurer sous serment que je n’ai jamais exterminé les ours polaires (une déposition sous serment d’une amnésique, ça compte ?), et si j’ai déporté un peuple, je m’en excuse, je l’ai sûrement pas fait exprès.
    Plus cette foutue minute défilait, plus je tentais de dépoussiérer mes souvenirs, et plus ma mémoire se troublait. Au point que j’avais été prise d’un vertige le jour où j’avais constaté qu’il me fallait faire un effort pour retrouver comment je m’appelais. Effort vain, comme tous les autres.
    Je reraccroche, il rerappelle. Depuis combien de temps est-ce que je me contemple dans ce miroir ? De toute évidence, bien trop longtemps puisque j’en suis à ne plus supporter le reflet qu’il me propose. Je chasse cette image en balançant mon poing dans la glace ; elle s’étoile et me crache en retour mon reflet kaléidoscopique. Cette image fragmentée de moi-même correspond à celle que j’avais consenti à accepter lorsque ma mémoire s’était barrée par toutes les fenêtres. Une sorte de puzzle dont je n’aurais pas le modèle.
    Mes yeux se posent sur la paillasse où s’étalent des flacons, des bocaux, des boîtes, et toute la panoplie du marchand de sommeil. Des seringues, des pilules, des liquides, tout ça soigneusement étiqueté pour qu’on s’y retrouve. Des cahiers, un Vidal, des livres, des notes, des relevés de température. Du latin, du grec, du sanskrit. Et des couleurs. Pour surligner, entourer, raturer. Les étiquettes des flacons subissent la même furie chromatique : rose pour les analgésiques, vert pour les opiacés, jaune pour les stimulants, bleu pour les amnésiants. Toute la palette de l’arc-en-ciel pour rendre la vie en noir et blanc.
    L’immense pièce était constamment éclairée, d’une lumière hésitante, flageolante, accompagnée de son inévitable grésillement. A-t-on jamais pensé à guillotiner le sadique qui a inventé le tube au néon ?
    La pendule serinait invariablement le tic-tac des secondes ; les heures défilaient à tâtons, sans se préoccuper de la suivante, ne conservant que leur notion de division du temps et perdant celle d’indication. En fait, la seule chose qui avançait, c’était cette éternelle minute qui faisait du surplace. La minute se suit et se ressemble.
    Une fois la notion du temps définitivement confisquée, je m’étais retrouvée à vivre à l’intérieur de moi-même. Emprisonnée dans mes propres pensées, je m’étais résolue à faire mon lit dans les circonvolutions de mon cerveau. Mon confort dépendait de l’ordre que je mettais dans mes idées.
    Cette minute, dont on ne sait jamais si elle avance ou si elle recule, m’avait perdue dans les méandres de mes réflexions. L’instant n’existait plus, il m’était devenu impossible de savoir si j’envisageais le passé ou si j’avais la nostalgie du futur. J’avais traversé un désert de sensations et avais atteint, au bout de celui-ci, la plage d’un océan de perplexités. Pour continuer à progresser, je devais me jeter à l’eau et tenter de gagner l’autre rive, en supposant qu’il y en ait une.
    Et j’avais senti l’eau me saisir les reins. Il m’avait fallu quelques tic-tac pour comprendre que la métaphore n’en était pas une, et que j’avais réellement le cul trempé. Dans un réflexe inutile, propre aux personnes amputées d’un membre, j’avais esquissé un geste de la main en direction de mon dos. Et miraculeusement, celle-ci avait semblé réagir. Rien de flagrant, ni même de visible. Mais une sensation perceptible de mouvement. De possibilité de mouvement. J’avais retenté l’expérience, et ce coup-ci j’avais senti mes doigts grincer, mais bouger. Puis j’avais donné l’ordre à ma tête de se tourner, et au bout d’un effort surhumain, infini, j’étais enfin parvenue à regarder le plafond.
    Lors de la dernière toilette, le sale type avait dû arracher malencontreusement un cathéter, car la drogue qu’on m’administrait depuis le début me pissait le long des reins, et ne produisait apparemment plus son effet. Progressivement, j’avais retrouvé des sensations physiques. J’étais comme un gosse avec un de ces jouets d’apprentissage : on tape sur un gros bouton représentant un animal, et un panneau s’ouvre, qui montre l’animal demandé. J’appuyais sur le bouton "tourner pied droit", et mon pied droit tournait. Je me concentrais sur ma bouche, et ma mâchoire s’ouvrait. Je m’étais amusée un moment avec mon nouveau joujou, et avais éprouvé un sentiment que je n’avais plus connu depuis belle lurette. Le plaisir de lever la papatte, de se gratter derrière l’oreille, de remuer la queue.
    Rapidement, j’avais repensé au sale type. Pour sûr, lui il serait un peu moins enthousiaste en découvrant tout ce bordel. En constatant que son joujou à lui n’était plus cassé, mais fonctionnait de nouveau. Alors je ne m’étais contentée que de brefs mouvements, pour ne pas me faire gauler en pleine séance de gymnastique, et pour ne pas éveiller les soupçons en me présentant dans une posture différente de celle habituelle. Puis j’avais décidé de faire ce que je faisais de mieux depuis pas mal de temps maintenant : attendre.
    Le sale type est revenu pour ma toilette. En se penchant par-dessus mon corps, il est tombé sur la flaque dans laquelle je pataugeais. J’ai alors profité des interlocations aquatiques de mon tortionnaire pour m’emparer d’une seringue sur le plateau et la lui planter dans le cou. Ma dextérité étant ce qu’elle était après tant d’inactivité, l’aiguille s’est plantée dans son œil. Je me suis réjouie d’avoir ressenti la douleur jusque dans ma main, après l’impact. La douleur, douce sensation trop longtemps oubliée.
    Je me suis difficilement débarrassée du corps inerte avachi sur moi. Je me suis relevée tout aussi péniblement, m’y reprenant à plusieurs fois pour lutter contre les vertiges qui me ramenaient invariablement vers le sol. Puis une fois rétablie, avec la ceinture de la blouse du sale type, je lui ai ligoté les mains dans le dos. Alors, l’ennemi maîtrisé, je me suis assise à côté de lui et ai de nouveau passé une minute infinie à attendre. Attendre que tout se remette progressivement en place.
    J’ai pourtant fini par me redresser, et, après tant d’heures passées à m’emmerder, je suis allée décrocher la pendule et en ai retiré la pile. J’avais enfin tué le temps.


    Les flics ont pu géolocaliser l’adresse et sont venus défoncer la porte du laboratoire, où ils m’ont trouvée prostrée, les mains en sang d’avoir brisé un miroir, des flacons, des seringues. Dans la pièce contiguë, toute blanche, gisait un sale type, le compas dans l’œil. Ils l’ont zippé dans un grand sac et m’ont embarquée au commissariat.
    Non, je ne connais pas mon nom. Ma tronche, je l’ai découverte il y a quelques heures. Ce que je fais dans la vie, où j’habite, combien de temps je suis restée enfermée dans cette pièce, j’en sais rien. Mes souvenirs ont été passés au spectromètre, le sale type m’a injecté du pipi de licorne dans tout le corps, estimons-nous heureux que je ne me bave pas dessus et que je sois en mesure de rester assise sans me lever toutes les minutes pour aller me foutre la tête contre les murs.
    On me balance un nom d’homme, ça ne vous dit rien non plus ? Non, ça ne me dit rien. Puis un nom de femme, toujours pas de réaction ? Non, toujours pas. Enfin toujours pas de souvenir, mais j’aurais juré ressentir une étincelle sous mon crâne. Ou une décharge électrique. Un flash ? Quelque chose de fugace, qui a disparu l’instant d’après sans qu’il n’y ait vraiment d’instant d’avant.
    Puis les flics me foutent une photo sous le nez. Deux gamines, qui doivent avoir quoi, six et huit ans ? Toujours pas moyen de raccrocher les wagons de la mémoire, mais de nouveau l’étincelle, le shunt, l’éclair. Puis la brume. Je fixe la photo, ces deux fillettes. Le nuage se déchire. Ma mémoire me revient comme une pluie, puis une rivière : j’y plonge les mains pour y attraper des souvenirs, mais ceux-ci me glissent entre les doigts, retournent au torrent et se troublent, forment des ondes concentriques qui s’éloignent lentement de leur centre. J’insiste, je coupelle mes mains, le geste se fait plus efficace ; l’eau finit toujours pas trouver un interstice, une échappatoire, mais j’ai le temps de m’y voir dedans. De voir au fond du puits. C’est fugace, sombre, froid, mais j’ai vu.
    J’ouvre brusquement les mains, les souvenirs clapotent et provoquent une éclaboussure, une vaguelette, un rouleau, un tsunami. Et la mémoire me submerge.
    Le flic sent mon émoi, brave compagnon. Il demande si ça me revient.
    « Oui, ça me revient… »
    Puis je l’implore de m’apporter le flacon, celui avec l’étiquette bleue, et de m’en injecter le contenu jusqu’à ce que j’en oublie même de respirer.

jeudi 18 janvier 2018

Une auteure de la team sur la terrasse : Tara Lennart

1. Votre premier manuscrit envoyé à un éditeur, racontez-nous ?
Une histoire un peu absurde… D’abord l’enthousiasme du comité de lecture (d’une « grosse ») maison, puis l’éditeur qui m’appelle pour convenir d’un rendez-vous… et finalement me dire qu’il aime bien le roman mais qu’il n’y a « pas d’intrigue », donc qu’il ne peut pas le publier. Phrase mystérieuse qui m’a amenée à constater qu’il y avait énormément de romans sans intrigues - y compris chez lui. C’est un peu bizarre à entendre, venant d’un éditeur qui prend du temps pour vous appeler et parler de votre roman, puis se ravise comme s’il le découvrait d’un coup. Mais bon… ça prend du temps de s’habituer à ce qu’un éditeur vous pointe un défaut qui sera souligné comme une qualité par un autre !

2. Ecrire… Quelles sont vos exigences vis à vis de votre écriture ?

Si j’ai retenu une chose des dizaines de textes lus sur l’écriture, sur les conseils d’écrivains reconnus à des débutants, c’est de travailler. Toujours, sans cesse. Peu importe qu’on essaie de copier les manies de X ou Y qu’on adore, sa méthode de travail ne sera pas forcément la bonne pour nous. Par contre, chercher au plus près ce que l’on veut dire, pourquoi, comment, ce qu’on veut générer comme sentiment chez le lecteur, ce qu’on veut dire de nous, du monde, de notre perception, ça demande de beaucoup travailler. Pas forcément de s’asseoir tous les jours à heure fixe devant son texte, mais de plonger en soi, quelque part. De se questionner sur ses intentions, de toujours chercher à faire mieux. Bien sûr, il faut savoir trouver le moment où on se dit « c’est bon », et ne pas devenir obsessionnel et passer sa vie sur les mêmes trois lignes…

3. Ecrire… Avec ou sans péridurale ?
L'écriture est une péridurale ! Le monde actuel est tellement brutal, tellement violent et paradoxal, parfois d’une absurdité insupportable qu’il me semble nécessaire de s’évader, de sublimer. L’écriture permet ça, tout en donnant la possibilité magique de laisser une trace, un petit caillou de son ressenti, de son regard, de sa façon de vivre l’époque et d’en témoigner. Duras disait que l’écriture est une façon de « hurler sans bruit » et je trouve cette idée magique. Hurler, ça fait du bien !

4. Ecrire… Des rituels, des petites manies ?

Ah les manies ! Oui en y réfléchissant, j'en ai quelques unes... Je n'écris que le soir, soit dans mon canapé, soit dans mon lit, calée dans des coussins. J'ai besoin du calme extérieur, de l’obscurité et de l'absence de sollicitations... J'écoute toujours de la musique, ou presque, comme pour à la fois me plonger dans ce que j’écris et rythmer mes pensées, sans que la nature de la musique ne déteigne sur le propos. Je peux raconter une histoire drôle en écoutant du black metal satanique, comme avoir en fond sonore de la pop acidulée alors que je raconte des horreurs.

5. Ecrire… Nouvelles, romans, deux facettes d’un même art. Qu’est ce qui vous plait dans chacune d’elles ?
C'est amusant de répondre à cette question en ayant écrit trois romans et encore publié aucun ! J’aime beaucoup l’exercice de concision que demande l’écriture d’une nouvelle, le travail de précision, la recherche d’efficacité et de rapidité. Dans un roman, c’est le déroulement, au contraire qui va me plaire, le fait de m’attacher plus durablement aux personnages, à leur inscription, leur façon d’être et ce qu’ils veulent dire. C’est complémentaire, je trouve.


6. Votre premier lecteur ?
Je commence par relire mes textes à voix haute en marchant dans mon salon, pour trouver la musique du texte, dépister les répétitions et voir si le texte prend forme, lu tel quel. Après, vient l’étape premier lecteur, ou plutôt première lectrice, puisque ma meilleure amie, illustratrice et coloriste de BD, lit mes textes depuis des années et me donne son ressenti, son avis sur les passages à revoir, le travail à apporter. C’est une étape indispensable !

7. Lire… Peut-on écrire sans lire ?
A mon sens, ce serait une aberration ! Les écrivains que je fréquente sont de grands lecteurs qui restent en prise avec le monde littéraire et son actualité. Je ne comprends pas comment on pourrait écrire sans se nourrir de l’écriture des autres.

8. Lire… Votre (vos) muse(s) littéraire(s) ?
Il y en a tellement ! En fonction des époques et de ce que je cherchais dans les livres. Poppy Z. Brite, Bret Easton Ellis, Guillaume Dustan, Marguerite Duras font partie des piliers… Mais pourrais-je ne pas céder au name dropping et ne pas citer Jim Harrison, Charles Bukowski, Jack Kerouac, William Burroughs, Nina Bouraoui, Hervé Guibert, Virginie Despentes, John Fante, Ann Scott, Raymond Carver, Camille Laurens (et beaucoup d’écrivains américains dont le sens de la nouvelle reste inégalé à mes yeux). En fait, je peux tomber amoureuse d’une nouvelle, d’une phrase, d’un regard sur le monde, d’une manière de le retranscrire comme d’une oeuvre entière. Autant dire que ma bibliothèque me pose quelques soucis de place.

9. Soudain, plus d’inspiration, d’envie d’écrire ! Y pensez-vous ? Ça vous est arrivé ! Ça vous inquiète ? Que feriez-vous ?
Ah ha l'horreur, l'horreur absolue... Oui, ça m'est arrivé, et ça m’arrive même assez souvent. Avec le temps, j'ai appris à arrêter de paniquer, déjà. A autoriser mon cerveau à vouloir se détendre ou juste se mettre en mode off, et j'en profite pour regarder des films, jouer à des jeux vidéos, sortir. En fait, c'est assez agréable, parce que comme en arts martiaux, où les gestes et les chorégraphie s'enregistrent quand on ne les pratique pas, les textes évoluent quand on n’y touche pas. On ne perd pas l’écriture, du moins je n’ai pas assez de talent pour que ça me soit arrivé… C’est un bel exercice de lâcher prise en tout cas.

10. Pourquoi avoir accepté de participer au Trophée Anonym'us ?

Une amie d'écriture m'a vivement encouragée, alors que je n'écris jamais rien qui s'apparente à l'univers du polar. C'était un peu une sorte de challenge. Des écrivains que j'apprécie beaucoup ont participé aux éditions précédentes, en plus, ça me faisait bien envie. Mais il restait le question de « quoi écrire ? » (moi qui ne sais pas construire d’intrigue), et une fois le pitch de la nouvelle trouvé, c’était un plaisir de l’écrire, de plonger dans le noir, de trouver de nouveaux curseurs, un nouvel équilibre dans la construction d’un texte.

11. Voyez-vous un lien entre la noirceur, la violence de nos sociétés et du monde en général, et le goût, toujours plus prononcé des lecteurs pour le polar, ce genre littéraire étant en tête des ventes?

Oui, effectivement, je pense que nos lectures en disent long sur notre rapport au monde. Le polar, loin de n’être qu’une mode, pourrait être un moyen d’évacuer toute la violence imposée, de se défouler intellectuellement en lisant des atrocités, en constatant que les « méchants » sont généralement punis et que le crime ne paie pas, ou au contraire que ces salauds sont drôlement malins, de se confronter à une violence choisie et de voir son déroulement puis sa résolution en s’échappant.

12. Vos projets, votre actualité littéraire ?

Je suis en train de finaliser un recueil de nouvelles, et j'en suis folle de joie. J'ai toujours rêvé de publier des nouvelles plus que des romans. En France, c'est moins bien vu et plus délicat de publier des nouvelles quand on n'a pas déjà deux ou trois romans à son actif. Je suis en train de travailler avec une maison que j'adore et suis de près depuis des années... Et puis par ailleurs, j'ai toujours deux ou trois projets en cours, en lecture, construction, élaboration... Bref, ça devrait bientôt voir le jour !

13. Le (s) mot(s) de la fin ?
Merci Anonym'us et vive le noir !



Interview réalisé en collaboration avec le blog Lila sur sa terrasse

dimanche 14 janvier 2018

Nouvelle 15 - La belle Otero

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 — Messieurs, faites vos jeux !
La tension est à son comble dans le grand Salon Privé. Sous les dorures illuminées par le cristal des lustres, les joueurs se toisent à coups de crispations mandibulaires en balançant leurs plaques sur le tapis, au hasard, comme s’ils semaient du blé.
— Les jeux sont faits ?

De deux doigts, le croupier monégasque bloque le cylindre de la roulette, le relance et jette la bille en sens inverse. Au dernier moment, Mickael place tous ses jetons sur le sept. Un silence torride plombe la table, tous observent le champion.
— Rien ne va plus !
La bille choisit son encoche. Sept !
— Rouge, impair et manque. Plein pour vous, monsieur !
Pour la cinquième fois, Mickael gagne. Un frémissement stupéfait s’élève au sein du public. Putain de baraka ! Les mises perdantes ratissées, le croupier-payeur règle son gain au vainqueur, un magot assez rondelet pour s’offrir à gogo plusieurs parties de son jeu favori, le Poker Texas Hold'em no-limit.
Parmi les curieux agglutinés sur les accoudoirs disposés autour de la table – diams et nœuds pap de rigueur –, moi. Mon Graal à portée de main. Au bout de plusieurs années de traque, je tiens enfin ce salaud. T’es fini, connard. Mon sang bouillonne, la rage m’étouffe, mais je contrôle. Pas le moment de faiblir.
Allez, Mickael, quelques coups de Hold’em avant de quitter le casino !
Le gagneur ne m’a pas repéré. Je le précède au Salon Europe et m’installe à la table du No-limit. Il arrive. Six places, une seule de libre : la sienne. Pile en face de moi. Malgré sa trompeuse décontraction, l’excitation lui crève déjà la couenne, la fièvre s’insinue profond dans ses tripes, je connais. À son tour, il allonge sa blinde. Une croupière brune, bien moulée, parcourt le tapis du regard, s’assure que le jeu peut commencer et donne. Deux cartes chacun distribuées en deux tours horaires.
Je détourne les yeux de son cul, les plante sur Mickael et me racle la gorge avec une discrète insistance. Indifférent aux grâces de la brunette, le flambeur lève la tête, me dévisage. Il ôte ses Ray-Ban et accommode. Sa pupille s’agrandit et se bloque sur mon sourire à peine ébauché néanmoins nocif. Je l’observe, tous mes sens braqués sur ses réactions. Il tente de cacher son trouble, mais j’entends sa respiration s’accélérer, s’enrayer. Je jouis de sa stupeur. Impassible en dépit des gouttes perlant sur son front, il chausse ses lunettes noires, soulève un coin de carte. Les jointures de ses doigts se raidissent sur son jeu, une sale contracture lui vrille la bouche. Il doute encore, me jette des coups d’œil à la dérobée. J’esquisse un geste dans sa direction, comme une menace masquée, il tressaille et se fige.
Nous y sommes, Mickael m’a reconnu. Disons plus justement que mes traits lui rappellent une tête qu’il aurait préféré oublier. Je gratte les poils de ma barbe en les faisant crisser et me tapote un ongle sur la canine, il détourne le regard.
Les éclats opalescents reflétés par les colonnes d’onyx accentuent la pâleur des visages tendus à l’extrême. Nouvelle distribution. Les cinq cartes visibles du tableau s’étalent sur le tapis parmi lesquelles le flop, le turn et le river.
Je joue froidement, relance, mes yeux enfoncés comme des pics à glace dans les carreaux de Mickael. Il peine à dominer sa confusion mais gagne à chaque coup. Haut la main et couilles en berne. T’es pro ou t’es pas pro, putain de tafiole ? Contrôle-toi, nom de Dieu ! Avec le pactole amassé précédemment à la roulette, il n’a pas de limite, ses blindes non plus. J’avais prévu. Qu’il profite de cette ultime volupté avant la mise à mort.
Trois joueurs se sont déjà couchés. Les piles de jetons bicolores du pot s’élèvent, mais plus Mickael tond ses adversaires, plus il se tétanise. Une moiteur morbide suinte par tous ses pores. Je me repais de son vertige. Ni lui ni moi n’en doutons, l’issue des réjouissances sera définitive.
— Las Vegas, novembre 2014.
J’ai à peine susurré les mots. Même retenus au bord de mes lèvres, Mickael les aurait entendus. Il ne parvient plus à réprimer le tremblement de ses mains.
Aucune réaction de la part des autres participants, à fond dans leur jeu, hermétiques à la tragédie qui se déroule sous leurs yeux. Lorsque l’un d’entre eux lève brusquement le coude et ajuste son nœud pap, Mickael sursaute comme si l’homme avait dégainé.
Les parties se poursuivent dans une tension haineuse. Des six joueurs présents autour de la table, le quatrième se couche aussi, rincé. Ne reste plus que nous deux. Les mises plafonnent au maximum. Mickael a une main fabuleuse. Fabuleuse !
Dernier acte. Heads-up, le tête-à-tête fatidique. La croupière brûle une carte puis distribue. Regards en rafales de Kalach, relances agressives, survoltage des cortex au bord de la dislocation à force d’évaluer les probabilités, suées carburées de part et d’autre, bluff, anti-bluff, contre-bluff. Et me voilà.
Entre le tableau visible et l’ultime donne, je tire un full. Coup de cul inouï. Finita la Commedia ! Némésis la vengeresse veille sur moi. Mickael, t’es mort ! Je mise mon tapis en défiant mon adversaire d’un œil torve. Pendant quelques microsecondes, un flottement plane. Et sans même vérifier sa main, comme un automate halluciné, Mickael suit. Mon sourire venimeux lui explose l’intérieur, mais il s’accroche, le rat. Il sait pourtant qu’il ne sortira pas vivant du casino. L’affaire est terminée pour lui.
C’est l’abattage des cartes, la curée. Une meute de loups chimériques se rue avec furie sur la proie, lui arrache les chairs, dévore son cœur. Exsangue, Mickael se lève, chancelle, manque de tomber, se rassoit. Et me laisse un tapis royal.
La croupière me colle son décolleté gélatineux sous le nez et pousse le tas de jetons devant moi. Tiens ! une affriolante perspective, cette brunette, elle absorbera mon trop-plein d’effervescence. Le torrent d’adrénaline affluant dans mes veines à la pensée d’enfoncer mon coutelas dans les entrailles de Mickael se gonfle à l’idée d’enfourcher une croupe dodue. Putain de stimulation !
Je respire un grand coup le temps que le perdant réalise son désastre, et vise les fresques peintes sur les murs lambrissés du Salon. Mon regard croise celui de la belle Otero, prisonnière de son lourd cadre doré. Au cours d’une nuit de la Belle Époque, la luxueuse gitane a laissé un million de francs-or sur le tapis. En ses jours de gloire, la courtisane séductrice de rois, d’aristocrates et de ministres avait été surnommée la sirène des suicides tant elle a brisé de cœurs.
Et toi, Mickael ? Mickael le gagneur, Mickael le magicien, combien d’hommes as-tu démolis, poussés au désespoir ? À la mort.
Le bouffon a perdu. Livide, il quitte la table d’une démarche incertaine tandis que je griffonne un billet et le glisse entre les seins de la croupière. Elle n’a d’yeux que pour les joyaux empilés sur le tapis. Bientôt, elle les aura dans la bouche si elle est sage. Avec le reste.
— À tout à l’heure.
La mallette sous mon coude, prodigieux trophée plein de jetons et de plaques, je me dirige vers les caisses pour échanger le plastique contre du sonnant et trébuchant, puis rejoins Mickael au bar du Salon Privé.
Déjà trois verres vides devant lui. Effondré sur un tabouret, il ne comprend pas quelle folie l’a pris de suivre avec une main aussi chiche. Même avec le couteau sous la gorge, on ne mise pas sa fortune avec un dix de trèfle et une dame de carreau au premier tour. Ce joueur, le portrait quasi conforme du Neuville de Las Vegas, l’a démonté, lui a ruiné son légendaire self-control, l’a massacré.
Mickael lève une mine accablée vers l’Italien qui le gratifie d’un sourire bienveillant, il compatit. En service au casino depuis plusieurs années, le barman a côtoyé toute sorte de perdants et se doute bien que celui qui commande sec trois shots de vodka n’a pas dû être chanceux.
— Remettez la même chose à monsieur, c’est pour moi.
Mickael se retourne, il m’attendait. Le garçon fredonne.
— Et pour vous, gentille Signore ?
— Champagne. Ce que vous avez de plus cher. Avec deux coupes.
Les yeux du serveur pétillent. Il fait un signe discret au manager qui galope vers nous, un linge blanc au bras.
— Un Perrier-Jouët cuvée Belle Époque ou un Dom Pérignon millésimé ?
— Les deux.
Comparé aux gigantesques salles du Casino, le bar privé reste intime mais à la hauteur du décorum ambiant, dorures d’un kitsch à gerber illuminées par un monstrueux lustre à pampilles : tout Monaco ! Les barmen tchatchent, la langue italienne chante joyeusement, un bouchon saute et les coupes se remplissent.
Durant la partie, la tension de Mickael était au maximum, ses réactions à fleur de nerf et la dévastation provoquée par ma présence, palpable. Jusqu’à sa perte de contrôle au moment de suivre mon tapis. Mais avec les bulles, la bête reprend du poil, retrouve un semblant de vaillance. Je laisse le condamné souffler, j’ai tout mon temps.
— Qu’est-ce qu’on fête ?
Vas-y, fanfaronne, mon pote, profite donc encore un peu !
Je ne réponds pas, me contente de lui jeter un regard de mort, et entrouvre ma veste de smoking, découvrant le manche d’un cran d’arrêt d’un côté, un Beretta M20 de l’autre. En bon visiteur inoffensif, j’avais veillé à introduire discrètement les armes dans le casino avant de franchir les barrières de sécurité.
— Ton complice, au Hold'em ?
Mickael arrondit sa bouche, ses yeux, grimace un ébahissement outragé. Se raccroche à la vie. J’avale deux coupes cul sec et lui flanque une torgnole. Les serveurs déguerpissent vers le fond du bar.
— Pas de ce jeu-là avec moi, mon pote. Tes tours de passe-passe : ENOUGH !
— Vous êtes fou.
Il pousse des cris de porc avec l’espoir d’attirer l’attention du personnel, je lui allonge un poing mauvais en pleine gueule. En attendant mieux. Putain, je me retiens de lui défoncer sa face de bellâtre gominé, de lui balancer une volée de semelles cloutées dans les orbites.
Panique à bord, côté limonade. Quand le manager commence à pianoter sur son portable, je dégaine mon Beretta et d’un signe radical lui intime l’ordre de poser son téléphone sur le comptoir, son copain pareil. Les gars s’exécutent sans faire de simagrée, ils ont capté. Ne bougeront plus. Je me remplis le gosier d’une goulée de champagne, attrape Mickael par le col et lui pulvérise le liquide poisseux dans la tronche.
— Max Sviridov, Radu Stevo, Phil Bronson… Julian Neuville. Tous se sont tiré une balle à cause de tes arnaques. Ruinés à coup de piperies.
Mickael se tient la mâchoire d’une main, de l’autre se protège. J’ai un peu forcé sur l’impact, tout à l’heure. Un couard juste bon à truquer, pas foutu de riposter, je m’en doutais. Le fraudeur sait que je le traque depuis la mort de Julian, mon cadet né trois minutes après moi. Des années que l’imposteur se défile, me nargue, me fourvoie, mystifie le monde du poker par ses métamorphoses. Le roi de l’esquive. Aujourd’hui, Mickael a endossé un habit de zingaro : moustaches brunes à la Zappa, panama, costard de lin crème, froissé juste comme il faut. Un nouvel avatar du blond fadasse de Vegas, du clown outrancier d’Atlantic City. Malgré les plaintes et les enquêtes sur ses coups tordus, l’insaisissable tricheur ne s’est jamais fait prendre. Il analyse les lieux avec minutie et ajuste ses stratégies en fonction des caméras dont il a repéré les emplacements dans les casinos internationaux. Le Flamingo de Vegas et bien d’autres, Macao, Lisbonne… Partout, le monde du poker est à sa botte.
— T’as les jetons, là, et pas les bicolores ! Tu fais moins l’fiérot, hein !
Je culbute son tabouret d’un pied rageur, il s’affale. Planqués derrière la porte, les serveurs n’en perdent pas une. Je souris et leur fais un petit coucou. Ils disparaissent aussi sec et se replient dans la réserve. Le magouilleur ose un rétablissement, je lui écrase le nez avec ma Weston.
Je connais à fond le modus operandi de Mickael au Hold’em : cibler un croupier, le travailler au corps, creuser ses failles – surtout financières –, lui faire miroiter le pactole et lui proposer le coup. Les employés du casino passent leur vie à fréquenter les fortunes planétaires, à brasser des sommes colossales alors qu’ils peinent à rembourser leurs mensualités. Malgré leur fiabilité quasi absolue, certains se laissent allécher. Suffit de débusquer le rapace et de le dresser.
Il tente de dégager sa tête prête à imploser.
— Arrêtez !
Je m’assois sur le tabouret, lui écrase la pomme d’Adam avec la pointe de ma pompe, l’enfonce jusqu’à la glotte. Il bat des pieds, des mains, suffoque.
Bien avant chaque tournoi, Mickael forme son partenaire de prédilection, avec une inclination particulière pour les référents des grands parcours, puis il élabore avec ce complice opportun un code gestuel infaillible permettant la lecture des jeux adverses. Un nouveau scénario à chaque acte. Une tâche laborieuse impliquant un investissement à la mesure, mais dont les bénéfices peuvent s’élever à plusieurs millions de dollars. En combinant ses talents de pipeur illusionniste entraîné aux plus subtiles manipulations, son génie au ciblage de secteur à la roulette – une pratique indétectable à la vidéo –, ses connivences avec la croupe et son art consommé du bluff, Mickael est devenu l’un des joueurs les plus riches du monde. Il possède des propriétés à Hawaï, une île privée à la Barbade, un penthouse à Dubaï. Malgré tout, il demeure aussi discret que transparent.
Je l’attrape par les cheveux, son postiche poisseux me reste dans la main. Connard ! Je dégaine mon cran d’arrêt, le plaque sur sa gorge, lui entaille la peau du cou. Une giclée rouge vermine pisse sur son col. Il chouine.
— Ton complice ?
Il ne se fait plus prier, il donne.
— La croupière.
— Bougresse ! Ça tombe à pic, j’avais justement l’intention de m’occuper de ses fesses. Elle va déguster. Et pour la roulette ?
— Ma science et mes doigts de fée.
Il s’enhardit à ironiser, le morbac. Baffe dans la gueule. Sa tête heurte violemment le bois du zinc. Je le rejette à terre, lui broie la joue de mon pied comme si j’écrasais une vieille merde. J’appelle le manager qui sort de la réserve et s’approche à reculons en gardant une distance respectable avec moi. Je lui propose un deal : une demi-heure, seul avec mon « ami ». Cinq mille euros, pas de question. Le barman hésite. Non, il ne perdra pas son job. Sous la menace d’une arme, j’aurai confisqué leur portable, à lui et à son collègue, et les aurai enfermés dans la remise.
— Allez, sept mille et on n’en parle plus.
Il me tend un trousseau de clés et détale.
— Et pas d’embrouille, hein ! On reste tranquille dans son coin.
Je cours verrouiller les portes, celle de l’entrée et l’autre.
À nous deux, Mickael.
Je passe derrière le bar, décroche une bouteille de vodka et la verse sur le saligaud en ricanant. Ses braillements de putois m’agacent les tympans, j’enfonce profond le goulot dans sa bouche, et lui prodigue un va-et-vient libidineux avec l’objet. Il roule des yeux, bave, avale l’Absolut. Je remplis ma coupe de champagne, la déguste en prenant mon temps et l’éclate violemment sur le sol.
— Bon. Assez joué. Finissons-en.
Ma vengeance au bord de son assouvissement me congestionne tout entier, je fais durer l’euphorie avec la pointe de mon coutelas, et y vais de quelques balafres à droite, à gauche. Mickael jette un œil misérable vers la porte de service désespérément close. La veste de son costume n’est plus qu’une chiffe sanguinolente, sa tête, une bichromie rouge violet. Je sors mon Beretta de son holster et visse le silencieux. Il chiale, se contorsionne, tente une échappée. Coup de latte dans le tibia, là où ça fait mal. J’arme la chambre du calibre, fais tomber le cran de sécurité, et le glisse dans ma ceinture. Ne reste plus qu’à achever ce chien avant de m’éclipser du casino, ni vu ni connu.
Je ricane et l’attrape par le col.
— Arme de poing ou blanche ? Je te laisse le choix, vois-tu.
Le temps que je lui taquine la trachée avec mon coutelas, ce con de Mickael, avec l’énergie du désespoir, s’enhardit à se relever en me fixant. Tu ne doutes de rien, pauvre pitre. Soudain, d’un geste prompt il allonge le bras, arrache le Beretta et le décharge dans mes tripes. Sans un regard, sans une hésitation. Putain, merde ! Le bide explosé, je vacille, m’écroule ; un geyser rouge où se mêlent chairs et viscères se répand sur le sol. Salaud ! Je plaque mes paumes sur la plaie béante, je vais crever. Lentement.
Dans mon dernier souffle, entre mes paupières mi-closes, je vois le perfide, la mallette de fric à la main, son chapeau de zingaro enfoncé jusqu’au nez et sur le dos ma veste de smoking que j’avais posée sur un tabouret. Il fouille dans la poche, trouve la clé et sort.
Mickael traverse la grande salle, lève les yeux vers le portrait de la belle Otero et la gratifie d’une discrète révérence.

jeudi 11 janvier 2018

Un auteur sur la terrasse : James Osmont

1. Votre premier manuscrit envoyé à un éditeur, racontez-nous ?

Bonjour, quand même ! On n'est pas des bêtes ! Bon, oui, le manuscrit, l'éditeur, les espoirs pleins les yeux mirant chaque page qui sort de la photocopieuse, avec au final un ticket de caisse d'une tonne, mais qui ne pèse pas encore aussi lourd que toute l'ambition que tu y as mis... Jusqu'au drame. Le silence. Plus que le refus, même non motivé (ou bien par une lettre standardisée) ; le foutu silence. Mais c'est une histoire que tout le monde a vécu, miracles mis à part. D'une confondante banalité, même, cette histoire !

2. Ecrire… Quelles sont vos exigences vis à vis de votre écriture ?
Ça vaut ce que ça vaut, et sans prétention aucune ; mais il est clair que j'apporte beaucoup de soin au style et à la « petite musique des mots », au rythme etc... Sur le fond, mon leitmotiv était de livrer une copie réaliste et crédible cliniquement, loin de certaines caricatures pseudo-psychiatriques que l'on rencontre dans beaucoup de « romans de genre »

3. Ecrire… Avec ou sans péridurale ?

J'aurais voulu dire « avec », par confort. Mais en réalité c'est « sans », ça m'épuise, ça prend la place de tout le reste, sommeil compris, ça m''est sans doute nécessaire pour rendre un copie forte et urgente... Pour le moment du moins, je ne sais pas faire autrement. Tant que cela est synonyme de spontanéité et objet d'un fort sentiment d'accomplissement artistique, ça continuera comme ça.

4. Ecrire… Des rituels, des petites manies ?


Procrastiner. Même quand j'ai quatre heures devant moi, le temps de me mettre dans un certain état, me laisser traverser par les idées qui viennent, s'imposent parfois, à la naissance d'un fil à tirer ; je sais que je n'écrirai de manière vraiment productive que dans la dernière heure... Ça, plus la musique et le café, évidemment.

5. Ecrire… Nouvelles, romans, deux facettes d’un même art. Qu’est ce qui vous plaît dans chacune d’elles ?

Le vertige d'un roman, parce que tout est possible, l'horizon est souvent lointain, on respire, on peut prendre le temps, mais il faut s'astreindre à une certaine méthodologie. La concision et les contraintes d'une nouvelle, encore plus à thème imposé, ça a quelque chose de jouissif aussi, à réussir des contorsions pour faire entrer dans une cage cette animal a priori inapprivoisable qu'est l'inspiration.

6. Votre premier lecteur ?


Moi. Je pense que c'est très important, de prendre du recul et de relire en se disant en permanence : « si j'étais le lecteur lambda qui tombe sur ce texte, qu'est-ce que je ressentirais ?». Ensuite bien sûr je travaille avec deux ou trois beta lecteurs de confiance. Ma femme juste après, je ne peux pas lui montrer quelque chose de pas suffisamment abouti.

7. Lire… Peut-on écrire sans lire ?

Non. Absolument impossible. Du moins pour la fiction. Pour le témoignage, c'est différent je pense. En tout cas, on ne peut pas écrire sans « avoir lu ». C'est une culture, une gymnastique du cerveau, des archétypes, une notion (même partielle) de tout ce qui a déjà été dit et de quelle façon... Par cont pendant la phase de création très intense, là, j'éprouve beaucoup de mal à lire. Ça me parasite, ça chasse les idées qui germent et m'habitent alors. Ce qui fait que depuis deux ans, j'ai beaucoup réduit mon rythme de lecture.

8.. Lire… Votre (vos) muse(s) littéraire(s) ?

J'ai une culture classique. Imposée puis par goût. Zola en particulier. Par transgression adolescente, j'ai ensuite lu beaucoup de science-fiction, de fantasy, mais avec toujours la quête d'une vraie plume, Dan Simmons par exemple. Le polar, le thriller, c'est venu plus tard, parce que le temps pour lire était plus réduit à l'âge adulte et j'avais comme beaucoup de gens le besoin un peu primaire de ressentir, fort et vite. Mais je pense que ce genre peut ne pas se résumer à ça. C'est vraiment réducteur et un peu snob de le croire. Je citerais Vargas pour la plume, là aussi. Mais il y en aurait tellement d'autres...

9. Soudain, plus d’inspiration, d’envie d’écrire ! Y pensez-vous ? Ça vous est arrivé ! Ça vous inquiète ? Que feriez-vous ?

Je suis « auteur », mais avant les mots j'utilisais la photographie comme media. Les pannes d'inspiration ne m'ont jamais fait peur. C'est typiquement quand ont s'acharne à chercher ses clés que le trousseau reste introuvable. Si on laisse venir, si on repose son esprit, voire qu'on le met un peu en jachère, en lisant à nouveau par exemple ou en vivant d'autres expériences, en se ré-ouvrant aux autres : là les idées reviennent naturellement. Pour le moment ça s'est toujours passé comme ça. Si don il y a, il est peut-être là...

10. Pourquoi avoir accepté de participer au Trophée Anonym'us ?

Je n'ai pas eu à « accepter », puisque c'est une place que s'est libérée et qui m'a permis de proposer ma candidature. J'ai rapidement retenu l'attention et je n'en croyais pas mes yeux. Mais effectivement, le concept d'une joute d'auteurs reconnus et plus anonymes à l'aveugle est vraiment très stimulante. Quant à l'aspect humain ressenti lorsque plusieurs membres du jury sont venus me saluer et me souhaiter bonne chance : c'est rare et très appréciable.

11. Voyez-vous un lien entre la noirceur, la violence de nos sociétés et du monde en général, et le goût, toujours plus prononcé des lecteurs pour le polar, ce genre littéraire étant en tête des ventes ?

Les mass media voudraient le croire. Je pense que des histoires sombres dans la tradition orale ou depuis l'invention de l'imprimerie, l'Homme a toujours aimé s'en raconter. Pour expier ses peurs, pour souder les groupes dans une communauté de destin ou contre un ennemi commun, réel ou fantasmé. Il n'y pas plus de serial killers depuis qu'on les glorifie, j'en suis persuadé. Et il n'y pas plus de vocation de flic depuis Colombo ou Maigret. Il y a des équilibres immuables, des vocations de malfaisance ou de défenseurs de la veuve et de l'orphelin. C'est inhérent à la nature humaine. Le reste est affaire de marketing et de mode. Et il est de ce fait difficile de valoriser une démarche qu'on pense « artistique » dans un « marché » qui vise des cœurs de cible et se nourrit annuellement (voire plus) du thriller typique venu du nord ou du roman option flic bourru cinquantenaire ou de la surenchère sanguinolente etc... La bulle éclatera et la lassitude pointera son nez si on ne valorise pas les propositions plus en marge, qui débordent des cases, les genres et les grosses ficelles un peu usées...

12. Vos projets, votre actualité littéraire ?


Je termine cette trilogie avec le sentiment d'avoir beaucoup donné de moi. Je me mets un peu en dormance justement là, comme les orchidées pour qu'elles refleurissent, il faut les assécher un peu, qu'elles luttent pour leur survie... Mais ça revient vite, parfois malgré moi... J'écris plutôt des textes courts actuellement, certains servent à des participations à des concours, d'autres à des recueils de nouvelles comme celui au profit de la fondation ELLE. Je ne m'interdis rien, je n'ai pas de plan de carrière, je saisis les opportunités et les rencontres, ça a toujours plutôt porté ses fruits, que ce soit plume en main ou derrière mon objectif photo...

13. Le (s) mot(s) de la fin ? 


Restez curieux, l'auto-édition a son lot de promesses insoupçonnées, lisez pour la culture, la découverte, la bousculade émotionnelle, l'émulation intellectuelle, pas comme des consommateurs. On a le public que l'on mérite, et le mien est en or. Je n'en finis plus de dire merci pour ce qu'il m'arrive depuis deux ans. Bouche à oreille et rock n'roll !

dimanche 7 janvier 2018

Nouvelle 14 - Béton armé



On est le onze juillet et le nombre de règlements de compte dépasse déjà celui de l’an dernier, soit trente-quatre meurtres. C’est la presse et la police qui les définit comme « règlement de compte », moi, je ne sais pas. J’ai enquêté. Je peux dire que sur les trente-quatre affaires, huit n’ont rien à voir avec le « règlement de compte », huit sont des affaires de pure crapulerie débile, de celles qui existent seulement, car des demeurés sont armés et vont tuer uniquement parce qu’ils ne veulent pas perdre la face, au nom d’une loi de la cité aussi irréelle que leur rapport au monde. Je peux vous en raconter une. Un grand frère, rentrant du boulot, voit son jeune frère traîner avec les dealers. Il l’engueule, se prend la tête avec la bande et le ramène à l’appartement. Un des trafiquants veut lui montrer qui est le patron. Il monte chez lui, sonne, et lui tire une balle dans la cuisse, pensant lui donner une bonne leçon. Il sectionne l’artère fémorale et le grand frère meurt dans les escaliers, se vidant de son sang devant sa mère. Presse et police ne communiquent pas sur ces histoires de merde ou la misère intellectuelle côtoie l’absurde et la démocratisation des armes à feu. Moi-même qui enquête, lorsque je finis par connaître la vérité, la honte me saisit.

Sur les vingt-six affaires restantes, onze relèvent du grand banditisme. Ce sont généralement des seconds couteaux, des lieutenants de parrains ou des parrains en perte de vitesse qui se font buter à leur sortie de prison, sur un parking ou devant leurs villas cossues des quartiers résidentiels. Ces exécutions sont perpétrées par des professionnels. Il suffit d’attendre un an ou deux et on apprend la vérité dans un livre de journaliste ou d’historien du banditisme. Je ne suis pas très concerné par ces histoires.

Reste une quinzaine d’affaires, celles qui m’intéressent. Il s’agit d’exécutions de jeunes trafiquants présumés (ils ne le sont pas toujours). Le plus jeune avait quinze ans. On a retrouvé son corps gisant sous une balançoire. Il avait une balle dans le crâne, je le connaissais, il s’appelait Nazim, on l’appelait Naz.

Je l’ai connu dans un de ces ateliers d’écriture que j’anime dans les cités de la périphérie de la ville. Je suis écrivain, enfin, j’ai écrit quelques trucs qui ont été publiés, diversement appréciés. Une personne de l’action culturelle m’a proposé d’animer un premier atelier d’écriture dans une cité. J’y suis allé avec ma basse et une boite à rythmes. On a essentiellement bossé le quatre temps, la versification la syncope et l’allitération. Ça a bien accroché avec les jeunes, c’est du vrai travail d’écriture, bien plus académique que ce qu’il parait. Il y a trois ou quatre jeunes qui ont persévéré et fini par sortir leur titre sur soundcloud, leur vidéo-clip, ce n’est pas allé plus loin, c’est pas non plus du show-biz. Ce qui m’importe, c’est qu’ils soient fiers de leur truc. L’activité fonctionnant bien, tout aussi bien que le téléphone arabe, je me suis retrouvé à intervenir dans douze des dix-sept cités sensibles de l’agglomération. Ça fonctionne bien et à vrai dire, ça me plaît.

C’est donc à l’occasion d’un de ces ateliers d’écriture que j’ai rencontré Naz. Je me souviens d’un grand gars à la coupe afro et au regard rieur. Il est venu qu’une fois, on avait bien développé, je me rappelle des premiers vers du texte qu’il avait écrit :

« Je marche comme un V, un W un sept, ça dépend du produit que je me mets dans la tête/je marche comme un X, un Y un N, ça dépend du produit que je me mets dans les veines » il avait composé une petite chorégraphie ou il mimait les lettres en déplacement, c’était hilarant, je l’ai jamais revu. J’ai juste appris sa mort deux mois après.

Ce que j’écris, c’est des romans policiers, des polars. Du coup, je connais pas mal de flics, de ceux qu’écrivent des romans policiers. Des retraités, des mis en disponibilités, des toujours actifs, mais qui ont besoin d’un exutoire, certains sont mes amis. Ils me l’ont dit : « Ce Nazim n’avait rien d’un voyou, c’était une petite main du trafic, un occasionnel ». Un de mes amis policiers le connaissait, il l’avait interrogé pour une petite histoire de vol de scooter, il n’en avait rien tiré, le gamin était défoncé et il ne faisait que rire, finalement tout le monde s’était marré. « On ne peut pas enquêter sur ces histoires, personne ne parlera et si tu veux mon avis, personne ne sait rien. Il n’est pas assez intéressant pour que ça fasse des vagues, on va l’oublier, tout le monde l’a déjà oublié. On ne sait qu’une chose, c’est que l’arme qui l’a tué a déjà servi, sur d’autres affaires similaires, des petites mains exécutées. On a un tueur, lui on l’oublie pas. On n’a rien sur lui, pas de témoignages crédibles, on parle d’un type en scooter, c’est tout ». Je n’ai pas réussi à en savoir plus.



Le temps passe. Je lis la presse locale, je lis les blogs de journalistes, je n’apprends rien. Tous les mois, un, deux, trois jeunes sont exécutés avec toujours, dans au moins un des cas, aucune explication. Il y a quelque chose qui me hante là-dedans. Je me suis rendu plusieurs fois sur les lieux des crimes, des endroits laids, des ressacs de bétons tagués par mille signatures aussi illisibles les unes que les autres, des culs de sacs, tes tunnels, des lieux à l’âme damnée. Au départ, je pensais à un travail d’écrivain, le sujet est bon. Des meurtres seraient maquillés en règlement de compte entre trafiquants. On peut imaginer toutes sortes de scénarios possibles : une milice facho, un psychopathe, des paramilitaires, des islamistes tarés, on peut imaginer toutes sortes de trucs, mais en vérité, je n’imagine plus rien, je ne veux pas écrire un roman, je veux juste comprendre et j’ai le pressentiment que je peux comprendre, que la vérité n’est pas loin, je la sens toute proche, je la sens en moi. Je ne sais pas pourquoi, est-ce ma fréquentation quotidienne de ces jeunes ? Est-ce la musique, l’écriture avec eux, la possibilité de créer, la possibilité qu’ils me parlent ? Je l’ignore, je sais seulement que ces disparitions m’obsèdent.



Un soir, tard, c’était au niveau des allées Joseph Lebesgue, du côté du parc, je rentrais d’une répétition, j’avais la tête pleine de Funk quand soudain, un scooter de livreur de Pizza, tous feux éteints, a surgi sur ma droite, j’ai pilé, il a fait un écart et a disparu dans la nuit en zigzaguant.. J’ai failli le tuer, je suis resté là quelques minutes tétanisé, j’ai failli le tuer.

Le soir même, j’écrivais un plan désordonné de roman, l’histoire d’un tueur à gages qui exécutait les dealers débiteurs, il se déplaçait avec un scooter de livraison de pizzas, il était insaisissable. Son nom : Zok. Je tentais autre chose, un homme, bien intégré, un professeur, un informaticien, que sais-je encore, peut-être moi-même, se retrouvait dans la même situation, un scooter surgissait, mais lui, par un geste inexplicable, il ne freinait pas, il faisait même un écart pour bien percuter le scooter, de plein fouet. Puis il rentrait calmement chez lui, sans parvenir à expliquer son geste, sans que cela ne lui pose de problèmes de conscience. Puis, quelques jours plus tard, la réalité le bouleverse. Il comprend qu’il a volontairement tué, mais ne se l’explique pas. Cette interrogation le torture, sa vie perd tout sens. Il va approcher la famille de la victime, essayer de trouver une forme de pardon, il se marginalise, perd pied, s’abandonne à une sorte d’identification au deuil, il parvient finalement à trouver la paix. Puis, il recommence.



— Jo, t’as failli m’écraser hier soir ! tu voulais me tuer ?

Jo, c’est moi, diminutif de Johan, et lui c’est Ange-Dominique Bakayoko, un gamin que j’aime bien, seize ans, un père Corse, en détention pour de longues années, une mère Ivoirienne qui se débrouille comme elle peut. Il vient souvent à l’atelier, il ne produit pas grand-chose, mais il aime être là. Il me l’a dit « j’aime bien venir, c’est cool avec toi, on fait ce qu’on veut ». Ce n’est pas tout à fait exact, l’activité est disciplinée. Lui, il est sage. Il écoute, je lui confie quelquefois le clavier et quelques accords à poser, il fait ça bien, il reste même quelquefois pour m’aider à ranger le matériel. Mais je ne m’y trompe pas, s’il est sage, s’il passe tant de temps avec moi, c’est qu’il est profondément meurtri, je le sens.

— C’était toi sur le scooter ? Tu livres des pizzas ?

— Oui c’était moi, je faisais un tour

— Putain fais attention ! il est à toi le scoot ?

— Non,

— Il est à qui ?

— À personne, à tout le monde

— Tu sais que tu m’as fait peur crétin ?

— Pourquoi ? tu ne craignais rien, c’est moi qui aurai dû avoir peur

— Et t’as pas eu peur ?

— Non, pas eu le temps

— Et bien moi, j’ai eu peur, peur de te tuer, tellement peur que j’ai commencé à me raconter des histoires..

Je lui raconte mes deux scénarios. L’histoire du tueur en scooter à Pizza, le fameux Zok puis l’histoire du type qui accélère pour provoquer l’accident. Je lui raconte, car ce qu’apprécient ces jeunes plus que tout, c’est la sincérité. On travaille beaucoup cette notion, je leur demande d’être sincère dans leur texte et j’essaie de toujours l’être avec eux. Ça les étonne, ça les déstabilise, au final, ça les initie à la chose littéraire. Ange-Dominique m’écoute, j’ai capté son attention, il est dans mon histoire. Il me dit :

— Zok ? C’est bizarre comme nom.

— Bah, ça m’est venu comme ça.

— Comme ça

— Oui

— Mais pourquoi l’autre, le type de l’autre histoire, pourquoi il veut l’accident ?

— Je ne sais pas, une pulsion inconsciente ?

— Inconsciente, ça veut dire quoi ?

— Ça veut dire qu’il ne sait pas pourquoi, quand il voit un jeune comme toi a scooter, il provoque l’accident, il ne l’a pas décidé. Ça n’a duré qu’un quart de seconde.

Ange-Dominique me fixe de ses yeux noirs :

— Donc il l’a tué, mais peut-être il ne voulait pas.

— Voilà, il a obéi à quelque chose de plus fort que lui. C’est pour ça que dans mon histoire, il va chercher à approcher la famille, il va essayer de se fondre dans leur deuil, il cherche des réponses.

— Il cherche le pardon

— Oui, on peut dire ça

— Mais pourquoi ?

— Pour recommencer, parce que c’est un vrai psychopathe. Mais c’est une histoire que j’invente.

Il me fixe toujours :

— Jo ?

— Oui.

— T’es un fou, t’es un vrai fou. Je peux te raconter une histoire.

— Bien sûr.

— C’est un rêve que j’ai fait, ça fait deux ou trois fois que je le fais. Tu ne le raconteras à personne.

— OK, on a dix minutes, avant que les autres arrivent.

— Alors écoute « Je suis dans la cité. Je suis seul, vraiment seul. Ce que je veux dire c’est qu’il n’y a plus personne, la cité est vide, les immeubles sont vides, le centre commercial est vide, il n’y a personne. Je marche, je monte dans les appartements, je vais dans les magasins, je suis seul, je ne suis pas bien. Je marche, je suis angoissé, il y a un peu de vent, des fenêtres claquent, des rideaux bougent, des feuilles tombent, mais il y a personne. C’est le silence, il n’y a pas de musique dans mon rêve, je commence à avoir peur, je ne sais pas depuis combien de temps je marche entre les tours, les escaliers, les caves, les parkings, le jardin, et puis, j’entends une voix, une voix d’enfant qui pleure, au début, je l’entends faiblement, puis de plus en plus fort, je cherche ou est ce gamin, je cours, plus je cours plus les pleurs sont forts, je cours longtemps et je finis par le trouver, a l’ancien passage souterrain, celui qu’on prenait avant pour aller au bus. Il est là l’enfant, il a cinq ou six ans, il hurle au milieu du tunnel, je m’approche pour le consoler, il est plein de merde, putain, je veux le prendre dans mes bras, mais cet enfant, c’est moi et je suis couvert de merde. Cet enfant, il veut me parler, il s’accroche à moi, il veut parler, il me dit :

— Attends, arrête-toi

Je sors fumer une cigarette. Je connais le rêve d’Ange-Dominique. Je le connais, je connais cette histoire, je l’ai lue, pire encore, je connais ce tunnel, il y a un mois, trois jeunes ont été exécutés, à l’endroit même où dans son rêve le gamin se revoit bébé et sale, j’ai déjà lu cette histoire et je sais très bien où, c’est dans les mémoires de Carl Gustav Jung. Le fameux psychanalyste nous dit qu’un de ses patients lui raconte le même rêve, la même histoire dans un contexte différent, un type qui erre dans un endroit désert a la poursuite d’une voix qui pleure, ça m’avait marqué, je me rappelle également la phrase qui suivait, Carl-Gustav Jung disait : « je décidai de l’interner immédiatement ».

Je retourne dans la salle, Ange-Dominique a disparu. J’attends 20 minutes, aucun jeune ne vient, c’est bien la première fois que mon activité ne les intéresse pas. Je ressors fumer. Habituellement, c’est un incessant ballet de scooter, c’est des enfants partout, des vieux sur les bancs, des mères de famille qui s’activent, des clients pour le réseau, mais là, rien, personne. Je commence à m’imaginer dans le rêve d’Ange-Dominique, seul dans la cité quand je vois une berline noire aux vitres fumées arriver à toute allure et freiner brusquement devant moi. Quatre hommes cagoulés en sortent, deux s’approchent, me prennent par le bras :

— Tu viens avec nous

Ils me mettent des menottes et sur la tête, une sorte de sac en papier opaque. Ils roulent une trentaine de minutes. Il y a beaucoup de virages, je ne suis pas sûr qu’on ait quitté la cité. Ils ne parlent pas, un seul téléphone, suite à ma demande, et ordonne a quelqu’un, je ne sais pas qui, de garder mon local jusqu’à leur retour « ce n’est pas la chose dont je m’inquiéterais le plus, à ta place » rajoute-t-il. On arrive je ne sais où. On sort de la voiture et ils m’amènent rapidement dans un intérieur, je crois qu’on est toujours dans la cité, en fait, je n’en sais rien. Ils me font asseoir, m’enlèvent le sac, mais pas les menottes, eux se tiennent debout devant moi, ils gardent leurs cagoules. On est dans une sorte de local technique désaffecté. L’un d’eux me demande :

— C’est toi Zok ?— Je ne comprends pas la question.— Je te conseille de comprendre vite. C’est toi Zok ?— Vous êtes qui ?— C’est pas la question— Des flics ?…— Des truands ?— Pour la dernière fois, c’est toi Zok ?— C’est Ange-Dominique qui vous a raconté ça ? Putain, je lui ai juste raconté une histoire. Zok, c’est un personnage que j’ai inventé, c’est le nom d’un tueur que j’ai inventé, j’ai fait une histoire avec un putain de tueur comme celui qui décime les jeunes d’ici. Merde, je ne sais pas qui vous êtes, je m’en doute un peu, vous savez bien ce que je fais dans votre putain de cité, je leur apprends à s’exprimer, à travailler leur imaginaire, alors Zok, il est imaginaire. De quoi vous me parlez ?— Un personnage imaginaire ?— Voilà.

Le gars sort une tablette, pianote quelques secondes et me montre une photo.

— Tu reconnais ?— Oui, c’est à la cité des myosotis. Le Skate park.— Tu sais ce qui s’y est passé ?— Oui, il y a 6 mois, un jeune dealer s’est fait buter. Je fais des recherches là-dessus.— Tu fais des recherches ?— Oui, ça m’intéresse— Tu ne vois rien sur la photo ?

Je regarde, c’est le skate park, rien de particulier, du béton, des graffitis. Le gars fait un agrandissement de la photo :

— Et là ?— Merde !

IL y a un tag parmi d’autres, une signature à la bombe, trois lettres capitales, loin des calligraphies stylisées des autres signatures. Trois lettres ZOK. Le type me montre d’autres photos de lieux d’exécutions, une dizaine de lieux que je connais, des lieux de bétons constellés de signatures à la bombe et partout, cette signature aux lettres capitales sans fioritures ni ornements ZOK. Le type cagoulé me précise :

— Elle n’existe nulle part ailleurs. On ne la trouve que sur les lieux de meurtres.— Putain, j’y crois pas.— Alors d’où ça vient ?— Mais pourquoi il est allé vous raconter ça ?— Tu parles d’Ange-Dominique ?— Oui, il vous a dit quoi ? Que j’étais le tueur ?— Tu sais qui il est ce gamin ? Tu connais son père ?— Non— Nous on le connaît, je vais t’apprendre quelque chose que tu garderas pour toi. Son père, c’est un tueur du milieu, on ne sait pas combien de types il a butés, plusieurs dizaines, il sortira jamais de taule. On veille sur son fils, on lui a promis, nous quatre. Alors ce gamin, quand tu lui racontes ton histoire à la con, il vient nous voir, parce qu’il a peur, parce qu’il ne faut pas lui raconter ce genre d’histoire à lui, pas avec le père qu’il a, et aussi parce qu’il sait qu’on le cherche ce putain de tueur. Qu’est-ce que tu crois ? Que ça nous amuse tous ces morts pour rien ? C’est bon pour personne, ni pour le business, ni pour la police, ni pour la politique. On le cherche l’assassin et tout ce qu’on sait c’est qu’il signe Zok.— Et vous croyez que c’est moi ?— On pourrait croire ça, effectivement

Je finis par trouver l’explication. Je leur raconte, moi aussi je suis perturbé par ces assassinats, j’ai traîné sur tous les lieux d’exécution, j’ai dû enregistrer inconsciemment cette signature sur le béton, et je l’ai ressorti dans une histoire, encore une affaire d’inconscient. Rien de plus. De toute façon, ils me connaissent, tout le monde me connaît, je vais dans toutes les cités, j’ai des alibis, je ne sais pas me servir d’une arme, je ne sais même pas me servir d’une moto, je fais de la musique, j’écris, ce n’est pas moi, ça ne peut pas être moi.

Au bout d’un moment, ils me laissent. Ils se barrent en m’ordonnant d’attendre. Quelqu’un viendra. En effet, une dizaine de minutes plus tard, un type à capuche vient me retirer les menottes. Je le connais de vue, nous n’échangeons pas une seule parole.

Dehors la nuit est tombée. Je ne sais pas trop où je suis, une sorte de bâtiment désaffecté au bord de la rocade. Un truc où devaient loger, quand il y en avait, des ouvriers. Je fais quelques pas. Je vois un gamin, en scooter, il s’approche, descend et me donne les clefs. « C’est le scoot d’Ange-Dominique, il est désolé, il t’attend à la cité »

Je monte sur l’engin. Je lui demande si je dois le ramener. Il me répond « non » et s’en va en marchant le long du muret de la rocade. Je démarre et quitte à faible allure la zone d’entrepôts. Dix minutes plus tard, je rejoins les faubourgs de la ville, je dois la traverser pour rejoindre la cité. Je suis fatigué. Je dépasse le quartier du stade et coupe par une cité que je connais. C’est étonnement calme. Je redescends pour prendre l’avenue Mendes-France. Il y a un court instant, un quart de seconde où je reconnais ma voiture sur ma droite, c’est ma voiture et elle me percute, il y a un quart de seconde où ça me parait totalement insolite puis je chute, enfin je suis projeté sur quelques mètres. Je n’ai pas de casque, mais c’est mes épaules qui prennent toute la force de l’impact. Je sens quelque chose comme un tendon, un muscle, je ne sais quoi qui lâche complètement. C’est douloureux, une douleur qui m’engourdit et m’empêche de comprendre ce qu’il se passe. Je vois juste Ange Dominique qui approche. Il tient une arme et me vise. Je ne proteste pas, ça me semble irréel. Il me dit d’une voie pleurante :

— t’as pas écouté la fin de mon histoire. T’as pas écouté… j’aurais voulu te dire ce qu’il me disait dans le rêve… l’enfant qui était moi… si je te l’avais dit… si tu m’avais écouté… il arrêterait peut être de me dire de tuer… il arrêterait..

Puis il tire, et plus rien.

jeudi 4 janvier 2018

Une auteure sur la terrasse : Véronique Jeandé

1. Votre premier manuscrit envoyé à un éditeur, racontez-nous ?
« Il était une fois… un livre.
Sagement rangé pendant des années dans un petit coin de tête, il n’ennuyait personne. Jusqu’au jour où il en a eu assez. Déclenchant ainsi une révolution.
- Il n’y a plus rien dans le frigidaire !
- Ah bon ?
- Si on partait à la mer ce week-end ?
- Euh, non…
- Maman, pourquoi tu me dis qu’il ne faut pas passer trop de temps devant des écrans et que tu restes toute la journée devant ton ordinateur ?
- C’est différent, maman travaille…

Mais comme toute révolution finit par se terminer un jour, fort heureusement, le calme est enfin revenu. Le jour où la dernière page est sortie de l’imprimante et où il s’est installé confortablement dans le tiroir du bureau.

Pas pour longtemps cependant. Il n’avait pas fait tout ce chemin pour rester enfermé dans un meuble. Et le voilà reparti dans ses activités militantes. Nouant insidieusement des contacts avec l’extérieur et créant son propre réseau de soutien. C’est ainsi que les publicités pour des maisons d’édition ont commencé à fleurir comme par magie au-dessus de son tiroir.

Un contrat à compte d’éditeur, pourquoi pas… Et hop, signé avec Nouvelles Plumes, le voici parti pour de nouvelles aventures. Mais le rêve a progressivement viré au cauchemar et il a donc préféré faire ses valises plutôt que de voir l’histoire se terminer en thriller.

Il embrassa alors l’autoédition et il vécut heureux… »

2. Écrire… Quelles sont vos exigences vis-à-vis de votre écriture ?

J’ai la tête dans les nuages et les pieds sur terre. Le résultat ? Ce sont des livres qui flirtent avec le fantastique, tout en cherchant à être vraisemblables. Je m’attache donc tout particulièrement à la cohérence de l’histoire, de manière à ce que le lecteur puisse se dire : « … et si c’était vrai ? ».

Sur un plan plus pratique, le travail de relecture et de correction est pour moi aussi important que l’écriture à proprement parler. Le lecteur doit pouvoir profiter de l’histoire sans être perturbé par des fautes à chaque page. Il est clair qu’un autoédité ne dispose pas des mêmes moyens qu’une grande maison d’édition. Je ne peux pas promettre qu’il ne restera pas quelques coquilles dans mes livres, mais j’essaye de les traquer au maximum, épaulée en cela par des bénévoles que je ne remercierai jamais assez.

3. Écrire… Avec ou sans péridurale ?
J’ai opté pour la césarienne. Avec péridurale.

4. Écrire… Des rituels, des petites manies ?


De la musique, de la musique, encore de la musique… Lorsque j’écris, j’écoute certains albums en boucle. Simplement car ils s’adaptent parfaitement à l’ambiance de mes romans. Chacun de mes livres restera lié à la musique qui a accompagné ces longues heures d’écriture. Il me suffit de réécouter ces morceaux pour me replonger dans l’histoire et retrouver mes personnages. Pratique, non ?

5. Écrire… Nouvelles, romans, deux facettes d’un même art. Qu’est ce qui vous plaît dans chacune d’elles ?
J’ai découvert le format « nouvelles » avec un groupe qui s’appelle « Histoires sous influence ». Je dois avouer m’être énormément amusée. C’est un exercice complètement différent, notamment lorsque l’on doit se conformer à des règles ou à des mots imposés.

L’écriture d’un roman demande du temps, beaucoup de temps. Lorsque je n’en ai pas suffisamment, les nouvelles sont une bonne alternative pour retrouver le plaisir d’écrire.

6. Votre premier lecteur ?
Désigné d’office, pas de chance !

Avant de publier mes romans, je fais tourner mes manuscrits dans un cercle restreint, mes « correcteurs ». Leur rôle est primordial, puisque c’est grâce à leurs retours détaillés et à leurs observations que je vais pouvoir affiner le livre, voire corriger certains passages.

Lorsque Le Cercle Manteia a été terminé, je ne savais pas trop quoi en faire. Alors j’ai sélectionné dans mon entourage quelques personnes à qui j’ai remis le manuscrit sans préciser qui en était l’auteur, de manière à recueillir des avis objectifs. Aujourd’hui, je ne manque pas de volontaires, c’est nettement plus facile. Les échanges sont souvent passionnants et très enrichissants.

7. Lire… Peut-on écrire sans lire ?

Lire ou écrire, il faut choisir !

Enfin, pour ce qui me concerne. Lorsque je suis plongée dans l’écriture, cette activité devient tellement envahissante qu’il ne reste plus beaucoup de place pour le reste. Mais pas d’inquiétude, je me rattrape lorsque le livre est fini.

8. Lire… Votre (vos) muse(s) littéraire(s) ?

Je n’ai jamais été déçue par les livres de Ken Follett. Il a le don de manier la plume, mélangeant avec subtilité Histoire et roman. J’ai toujours été en admiration devant les œuvres de Tolkien, qui a réussi à créer un univers grandiose. Mais il y a beaucoup d’autres auteurs dans ma bibliothèque, connus ou inconnus, qui m’ont fait rêver. Inutile de préciser que vous y trouverez plus de thrillers et de polars que de classiques ou de poésie.

9. Soudain, plus d’inspiration, d’envie d’écrire ! Y pensez-vous ? Ça vous est arrivé ! Ça vous inquiète ? Que feriez-vous ?


Enfin du temps pour lire les romans des autres ! Et Dieu sait combien j’ai de retard…

Non, cela ne m’inquiète pas. J’ai toujours considéré l’écriture comme un loisir et un plaisir. Si l’envie n’y est plus, c’est qu’il est temps de faire une pause. Je suis persuadée qu’elle reviendra un jour.

10. Pourquoi avoir accepté de participer au Trophée Anonym'us ?

L’anonymat me va très bien. Je suis du genre discret. Je préfère rester en retrait et observer plutôt que de me lancer dans de grands discours. Pas très vendeur, j’admets, mais on ne se refait pas. Le concept de ce Trophée, que j’avais croisé à diverses reprises sur les réseaux sociaux, m’a donc interpellée.

11. Voyez-vous un lien entre la noirceur, la violence de nos sociétés et du monde en général, et le goût, toujours plus prononcé des lecteurs pour le polar, ce genre littéraire étant en tête des ventes ?

Je peux vous conseiller un psy si vous voulez. Parce que moi, je n’ai pas la réponse à cette question… Les lecteurs de polars et de thrillers me semblent plutôt normaux dans l’ensemble.

S’agit-il de voyeurisme, d’un exutoire ? Ou ne serait-ce pas plutôt le besoin de s’identifier à un personnage qui, dans la majeure partie des cas, va chercher à combattre cette violence ? Personnellement, dans mes romans, j’aime jouer sur différents tableaux. La noirceur des uns fait ressortir l’humanité des autres.

12. Vos projets, votre actualité littéraire ?
Le cinquième roman, que j’ai momentanément abandonné pour laisser un petit peu de place à des projets non littéraires. Des salons, sans doute, je vais y penser.

13. Le (s) mot(s) de la fin ?

Je préfère penser qu’il s’agit d’une histoire sans fin.

Bonne continuation à vous !